Histoire(s) de foot : le match le plus oublié de l’histoire du sport et le plus célèbre de l’histoire de l’art

Si tout le monde a oublié le résultat du France-Suède 1952, ce match est resté célèbre dans l’histoire de l’art, notamment aux Etats-Unis, comme un événement qui a bouleversé les courants artistiques du milieu du 20e siècle.

26 mars 1952. Au Parc des Princes, l’équipe de France rencontre la Suède en match amical, pour la 2e fois de son histoire (la précédente rencontre entre les deux équipes a eu lieu en novembre 1935). Le match se joue en nocturne “avec un éclairage électrique”, ce qui est la première fois en France. Un événement historique et populaire.
Les Bleus sont alors en pleine reconstruction après la guerre, et une nouvelle génération se profile, que l’on qualifiera de “génération dorée” à la fin de la décennie 1950 (Just Fontaine, Raymond Kopa, Roger Piantoni..).

Dans le public, Nicolas de Staël est venu assister au match avec sa femme. L’homme a 39 ans : d’origine Russe, sa famille a quitté précipitamment Saint-Pétersbourg alors qu’il n’avait que 4 ans, fuyant la révolution de 1917. Il vit de sa peinture depuis les années 1940, tout en restant dans l’ombre des grands maîtres du 20e siècle comme Georges Braque, qu’il côtoie et admire.

Pas amateur de football pour un sou, Nicolas de Staël sort du stade bouleversé, transformé, habité par ce qu’il a vu. Un “choc artistique”, qu’il décrit à un ami en ces termes : “C’est absolument merveilleux. Personne là-bas ne joue pour gagner, si ce n’est à de rares moments de nerfs, où l’on se blesse. Entre ciel et terre sur l’herbe rouge ou bleue, une tonne de muscles voltige en plein oubli de soi avec toute la présence que cela requiert en toute invraisemblance. Quelle joie !”.

Il passe la nuit dans son atelier à peindre, et ne s’arrêtera pas pendant un mois. Son style est vif, avec des aplats de couleur épais, des mouvements précis comme ceux des artistes du ballon qui l’ont tant impressionné.
En quelques jours, il produit les 16 petits formats de la série “Les Footballeurs” (à peine la taille d’une feuille A4) et 5 grands format, dont son chef-d’œuvre “Le Parc des Princes”, de 2 mètres par 3,50 m (qui sera vendu 20 millions d’euro en 2019).

Boudés par la critique en France, “Les Footballeurs” font l’admiration des Américains, pourtant peu passionnés par le soccer. Les collectionneurs s’arrachent ses toiles outre-Atlantique. Nicolas de Staël devient riche, mais toujours incompris en France, son style n’entrant dans aucun mouvement artistique ou courant académique. Il se suicide en 1955, à 41 ans, et ne sera reconnu que 20 ans plus tard comme l’un des plus grands artistes d’après-guerre, justement par son refus d’entrer dans les normes.

Quant au résultat du match qui tant influencé le monde de l’art ? Le onze tricolore s’est incliné 1-0 contre la Suède, logiquement selon les commentateurs de l’époque.

Si vous passez par Dijon un de ces jours, faites un tour au musée des Beaux-arts (gratuit), qui a la chance de présenter 5 des 16 toiles de la série « Les Footballeurs ». Vous serez étonnés !
Et en attendant la fin du confinement, écoutez ce podcast de France Inter qui vous raconte en 4 mn l’histoire de cette création faite de foot et de peinture.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *